Alors de l’outil GéoDataMine vient d’être mis à jour, l’équipe d’OpenDataFrance a souhaité rencontrer Adrien Pavie, son responsable pour lui poser 4 questions sur ce projet phare en Open Data qui facilite l’extraction de données thématiques depuis OpenStreetMap.
GéoDataMine permet d’extraire facilement des données thématiques depuis OpenStreetMap, un projet que vous avez réalisé pour OpenDataFrance. Quel fut le diagnostic de départ qui vous a conduit à créer cet outil, et à qui s’adresse-t-il en priorité ?
GéoDataMine est né des réflexions de l’équipe d’OpenDataFrance à l’époque. Certains collectivités territoriales étaient déjà dotées de solutions techniques développées en interne pour réaliser des extractions de données OpenStreetMap qu’elles publiaient sur leurs portails open data. Ces solutions n’étaient pas forcément partagées publiquement ou facilement réplicables. Les différents appels de la communauté OSM auprès des collectivités pour les inciter à utiliser et contribuer aux données ont trouvé écho auprès d’OpenDataFrance. C’est ainsi que Jean-Marie Bourgogne, alors président de l’association, m’a contacté en novembre 2019 pour imaginer et concevoir un outil d’extraction simple. 1 mois plus tard, nous lancions GéoDataMine ! L’idée était de rendre ces données le plus facilement accessibles, en 3 clics, pour que tout agent public puisse y avoir accès dans des formats auxquels ils sont habitués : du tableur ou des formats géographiques simples, respectant les schémas de données nationaux. La recherche et extraction par territoire administratif est également orientée vers ce public, pour obtenir facilement la liste des commerces de sa commune par exemple.
L’outil GeoDataMine a été mis à jour en 2026. Quelles sont les nouvelles fonctionnalités de cette nouvelle version ?
GéoDataMine s’est effectivement offert une seconde jeunesse en janvier 2026. Ceci a fait suite à des soucis d’accès rencontrés par les utilisateurs, dus au serveur devenu un peu trop étroit avec le temps ! On a transformé ce problème en une belle opportunité d’améliorer plusieurs aspects de l’outil :
- Mises à jour de sécurité et de performance sur les outils sous-jacents (PostgreSQL, Bootstrap, osm2pgsql…)
- Actualisation des schémas de données pour suivre les nouvelles versions
- Et surtout, disposer d’un serveur beaucoup plus puissant et avec du stockage supplémentaire.
Cette version offre ainsi un accès aux données plus fiable et plus rapide, tout en préservant la compatibilité avec les outils tiers qui s’y connectent.
OpenStreetMap est souvent perçu comme une ressource pour les développeurs ou les géomaticiens. En quoi GéoDataMine change-t-il la donne pour des acteurs moins techniques, comme des agents de collectivités ou des porteurs de projets citoyens ?
La simplicité d’accès ! GéoDataMine ne nécessite aucune connaissance technique, l’interface du site est la plus simple et épurée possible. Il n’y a qu’à connaître le nom de sa ville et le type de données qu’on souhaite récupérer, et l’outil se charge de tout le reste. La complexité technique est cachée aux utilisateurs. En coulisses, ce sont les mêmes outils avancés que l’on retrouve dans de nombreux projets autour d’OSM. Historiquement, OpenStreetMap est un projet porté par une communauté technique, et l’on sait la difficulté de proposer des outils et interfaces conviviales dans le monde du logiciel libre. Cependant, on constate depuis quelques années une dynamique nouvelle pour aller sur des outillages plus faciles, plus accessibles. Cela se manifeste par exemple par des applications mobiles comme StreetComplete, l’éditeur Web iD, ou les nombreux éditeurs thématiques plus simples, pensées pour des publics pas ou peu techniques.
Les données sont actualisées quotidiennement et compatibles avec les schémas nationaux de data.gouv.fr. Comment voyez-vous évoluer GéoDataMine dans le paysage de l’open data français, et quels sont les prochains défis (notamment techniques) que vous souhaitez relever ?
J’espère que GéoDataMine connaîtra ces prochaines années une adoption croissante auprès des utilisateurs d’open data en France. Le service met à disposition chaque jour des centaines d’extraits de données à sa communauté d’utilisateurs, allant de la petite commune à des départements entiers. Il y a plusieurs enjeux qui me semblent intéressants à adresser pour cet outil, et pour OSM et l’open data de manière plus large :
- Convaincre les différents acteurs de la qualité des données présentes dans OpenStreetMap. C’est un sujet qui ressort beaucoup : « créer la confiance ». Cette confiance passe par des outils comme des tableaux de bords pour gestionnaires publics afin de suivre les évolutions des données OSM sur leurs thématiques et territoires. Elle passe aussi par des efforts de la communauté pour rendre exhaustives certaines thématiques (le « jardinage » minutieux et quotidien de la donnée).
- Continuer les efforts de standardisation et d’harmonisation des schémas de données. Un sujet adressé à la fois par OSM de longue date, avec son modèle attributaire international qui se complète au fil du temps, mais aussi par Schéma.data.gouv et le Socle Commun des Données Locales. Bienheureux seront les utilisateurs lorsque toutes les données métiers seront décrites de manière harmonieuses à l’échelle nationale voire européenne !
- Faire basculer les collectivités et territoires de « simples utilisateurs » d’OpenStreetMap à contributeurs. Certaines agglomérations ont pris le pas et ont placé au cœur de leurs systèmes d’information géographique les données OSM. On cite régulièrement la métropole de Montpellier, mais on retrouve aussi des communes plus ou moins grandes. Dans une époque où les fonds publics ne sont pas extensibles, et que l’usage des GAFAMs pose de plus en plus question, s’appuyer sur un commun tel qu’OpenStreetMap semble tout indiqué. Et pour faciliter cette bascule, la communauté s’organise, la France est le premier pays à avoir une association d’entreprises contributrices à OSM : la Fédération des Pros d’OSM (fposm.fr). Ce groupement a pour objectif de mieux valoriser les usages professionnels autour d’OpenStreetMap, et d’apporter des solutions aux collectivités tout en veillant à faire avec les règles de la communauté bénévole d’OSM.