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Interview de M. Ducourau, conseiller métropolitain délégué Stratégie Numérique du territoire – Intelligence Artificielle

OpenDataFrance a posé 4 questions à Vincent Ducourau, conseiller métropolitain à la Métropole européenne de Lille (MEL) autour de son usage de l’open source, de l’ouverture des données publiques, ainsi que des bénéfices pour la collectivité et les citoyens.

1. Pourquoi la Métropole européenne de Lille a-t-elle choisi l’open source pour partager ses données publiques ?

La MEL est engagée depuis plusieurs années dans une politique volontariste d’ouverture de ses données publiques. En 2021, nous avons souhaité franchir une nouvelle étape, en faisant évoluer notre plateforme et surtout notre manière de travailler avec la donnée.

Notre ambition était double : renforcer la qualité et la gouvernance de nos données, mais aussi disposer d’un outil que nous puissions davantage maîtriser et faire évoluer avec les besoins du territoire. Cette réflexion était d’autant plus importante que la MEL a fait le choix de mutualiser cette démarche avec les communes, ce qui élargit considérablement les usages et les besoins.

Dans ce contexte, l’open source s’est naturellement imposé. Nous avons choisi de nous appuyer sur geOrchestra, une solution mature portée par une communauté active, et de rejoindre une dynamique dans laquelle les collectivités peuvent partager leurs expériences, leurs besoins et contribuer ensemble à faire évoluer les outils.

C’est un choix qui dépasse donc la seule question informatique. C’est aussi un choix de souveraineté numérique : lorsqu’il s’agit de données publiques et d’argent public, nous devons pouvoir maîtriser nos outils, comprendre leur fonctionnement et ne pas être dépendants des seuls choix d’un éditeur.

L’open source nous permet ainsi de concilier maîtrise, coopération et mutualisation. C’est une démarche cohérente avec notre volonté de construire un service public numérique ouvert, au bénéfice de la MEL, des communes et des citoyens.

2. Quel bénéfice concret cela a-t-il apporté à la collectivité ou aux citoyens ?

Le premier bénéfice, c’est de reprendre la maîtrise de notre patrimoine de données. L’open data ne consiste pas simplement à mettre des fichiers en ligne : pour qu’une donnée soit réellement utile, elle doit être fiable, compréhensible, régulièrement mise à jour et facilement réutilisable.

Le travail engagé par la MEL nous permet donc d’améliorer progressivement la qualité des données et d’harmoniser les pratiques entre les services et les collectivités qui participent à cette démarche. C’est essentiel pour les agents, mais aussi pour tous ceux qui réutilisent ces données : communes, partenaires publics, entreprises, chercheurs, associations ou citoyens.

La mutualisation avec les communes est également un point important. Plutôt que de multiplier les plateformes et les solutions, nous pouvons partager un même cadre et des pratiques communes à l’échelle du territoire métropolitain.

Pour le citoyen, le bénéfice est très concret : des données publiques plus accessibles et plus facilement réutilisables peuvent donner naissance à de nouveaux services, à de nouvelles analyses ou à de nouvelles applications. L’objectif est que l’argent public consacré à produire une donnée puisse bénéficier au plus grand nombre, au-delà de son usage initial par la collectivité.

Un exemple parlant pour tous : l’open data MEL permet à des applications comme Google Maps de référencer en temps réel la disponibilité des V’Lille, afin de les intégrer dans leur calcul d’itinéraire, et ainsi encourager l’intermodalité des transports et le recours aux modes doux.

3. En quoi cette ouverture des données prépare-t-elle les usages de l’IA à la Métropole ?

L’intelligence artificielle nous oblige à regarder la donnée avec encore plus d’exigence. Une IA peut être très performante, mais si elle travaille à partir de données incomplètes, mal structurées ou de mauvaise qualité, elle produira des résultats qui le seront tout autant.

Le travail que nous menons sur l’open data constitue donc une forme de « socle » pour les futurs usages de l’IA à la MEL. Gouverner la donnée, harmoniser les pratiques, documenter les sources, améliorer leur qualité et savoir qui en est responsable : ce sont des conditions indispensables pour pouvoir ensuite utiliser ces données de manière pertinente avec des outils d’intelligence artificielle.

Il y a également un enjeu de confiance. Dans le développement de l’IA dans le secteur public, nous devons pouvoir savoir d’où viennent les données utilisées, comment elles ont été produites et selon quelles règles elles peuvent être réutilisées. L’ouverture et la documentation des données contribuent à cette transparence.

L’open data ne prépare donc pas seulement la MEL à « utiliser l’IA ». Il nous aide à construire une administration capable de maîtriser ses données, et donc de maîtriser davantage les usages de l’IA qui pourront en découler.

4. Quels enjeux, challenges, problématiques sont mis en exergue par ce choix au sein de la MEL pour les agents mais aussi pour les partenaires de la collectivité ?

    Le principal enseignement, c’est que l’open data est avant tout un sujet d’organisation et de culture, et pas uniquement un sujet informatique.

    Pour les agents, cela implique de nouvelles habitudes, mieux documenter les données, harmoniser les pratiques, identifier les responsabilités, veiller à leur qualité et réfléchir à leur réutilisation. Cela demande du temps, de la formation et surtout une meilleure coordination entre les services. La donnée ne peut plus être considérée uniquement comme un outil de travail interne : elle devient un patrimoine collectif de la Métropole.

    Pour nos partenaires, notamment les communes, l’enjeu est également de parvenir à partager des méthodes et des standards communs, tout en tenant compte des réalités et des besoins de chacun. La mutualisation est une force, mais elle suppose de construire une véritable communauté autour de la donnée.

    Enfin, l’open source nous rappelle une chose importante. Reprendre la maîtrise de nos outils ne signifie pas travailler seuls. Au contraire, cela nous conduit à davantage coopérer avec d’autres collectivités et avec une communauté d’utilisateurs et de contributeurs. C’est un changement de logique. Nous ne sommes plus simplement consommateurs d’une solution, nous pouvons contribuer à son évolution. C’est aussi là que se situe le principal défi pour les années à venir : faire de la donnée un bien commun utile au territoire, tout en garantissant sa qualité, sa sécurité, sa gouvernance et la protection des données qui ne peuvent pas être ouvertes.

    DUCOURAU_Vincent
    Vincent Ducourau, conseiller métropolitain délégué Stratégie Numérique du territoire – Intelligence Artificielle (Métropole européenne de Lille)