A l’approche des élections municipales et suite au manifeste d’OpenDataFrance à destination des candidats, Louise Vialard, vice-présidente d’OpenDataFrance et conseillère pour Nantes Métropole a publié une tribune sur l’ouverture des données au service de l’intérêt général.
Voici le texte de la tribune, publié le 12 mars 2026 :
🔒 Reconquérir notre autonomie numérique depuis nos territoires
Malgré les discours, la France reste largement dépendante des géants américains du numérique, des moyens de paiement aux outils du quotidien. Le Sommet de l’IA en Inde, les 19 et 20 février 2026, n’a fait que confirmer cette domination : les GAFAM et autres acteurs ont annoncé des investissements massifs, éloignant toujours plus l’idée d’autonomie technologique.
L’Union Européenne met en avant la compétitivité, l’innovation, le cloud souverain et la régulation des grandes plateformes. Très bien. Mais dans cette bataille mondiale pour l’indépendance numérique, elle oublie ses actrices les plus stratégiques : les communes, les villes.
Ce ne sont pas les GAFAM qui analysent l’évolution d’un îlot de chaleur dans un quartier populaire, qui mesurent les micro‑déplacements d’une population vieillissante ou les vulnérabilités d’un littoral grignoté par la mer. Ce sont les collectivités locales.
➡️ C’est dans chaque territoire que nous bâtirons notre autonomie numérique, en commençant par la maîtrise de nos données.
📊 Données locales : un trésor à maîtriser et à protéger
Chaque jour, nos territoires génèrent des données aussi variées qu’indispensables : eau, énergie, biodiversité, mobilités, services sociaux… Ces informations, au cœur des défis de demain, attirent l’attention d’acteurs dont les intérêts ne convergent pas toujours avec l’intérêt général.
Ce modèle aggrave les inégalités sociales, territoriales et économiques, tout en posant la question des mécanismes discriminatoires et opaques de leurs algorithmes. Les données représentent un actif stratégique, au même titre que nos infrastructures. Elles sont un levier d’indépendance et permettent de concevoir des politiques publiques adaptées, de renforcer notre capacité de planification et notre résilience face aux crises climatiques, économiques et sociales.
La France a été pionnière en matière d’ouverture des données publiques. Mais aujourd’hui, ouvrir les données ne suffit plus. L’enjeu n’est plus seulement la transparence, mais la gouvernance : Qui décide ? Qui contrôle ? Qui valorise ? Il est temps de mutualiser les efforts et de réinvestir politiquement la donnée publique, non comme un simple outil technique, mais comme un levier de souveraineté et d’action collective.
🏛️ Quatre piliers pour une autonomie numérique locale
- Créer des communs de données : pour partager et gérer collectivement les informations d’un territoire de manière ouverte et transparente.
- Développer des espaces de données territoriaux (data spaces) : où les collectivités fixent elles‑mêmes les règles, usages et normes, afin de garder la maîtrise de leurs ressources.
- Renforcer une coopération équilibrée entre public et privé : pour que l’innovation serve l’intérêt général sans menacer l’autonomie des territoires.
- Concevoir des algorithmes frugaux, utiles et transparents : adaptés aux besoins réels des habitants et des décideurs.
Ces piliers tracent une voie réaliste pour que les territoires deviennent acteurs de leur avenir numérique. OpenDataFrance accompagne déjà cette transition : acculturation à l’IA frugale, gouvernance de la donnée, interopérabilité, communs numériques… La dynamique est lancée.
🗳️ Reprendre le pouvoir : un impératif démocratique
Reprendre la maîtrise de nos données n’est pas qu’une question technique : c’est un choix politique. C’est refuser que nos politiques publiques dépendent d’algorithmes opaques. C’est refuser que nos données territoriales alimentent des intérêts privés. C’est redonner du sens à l’action publique, en donnant aux collectivités les moyens de décider de manière éclairée, souveraine et durable.
Depuis sa création, Open Data France porte cette vision : un numérique gouverné par et pour les territoires, partagé et mutualisé. Les collectivités locales ont les compétences et la volonté.
➡️ Il est temps de leur donner les moyens d’agir.